Caddie, birdie, par, fer 7, grip, bois de 2, playoff, bunker. Si vous ne connaissez pas ces termes ou que vous les avez seulement entendus sans trop savoir ce qu’ils voulaient dire, ce n’est pas grave. Le film d’aujourd’hui a beau parler de golf, il n’en reste pas moins, et étrangement d’ailleurs vu son sujet, un excellent film.

Remontons quelques années en arrière. En 1913 pour être précis. Cette année ce joue l’US Open, le 19ème, et durant ce tournoi, une partie des plus intéressantes est en passe de se dérouler. Un parcours de légende raconte cet événement mémorable.Un parcours de légende

Aah, Un parcours de légende. Il est une adaptation, encore, du roman de Mark Frost publié en 2002 et traduit chez nous sous le titre La plus grande partie de tous les temps : La naissance du golf moderne en 2004. Le film est donc une adaptation d’une adaptation d’un fait réel. Eh ben ! Ce n’est pas simple cette histoire. Quoi qu’il en soit, Mark Frost n’est pas qu’écrivain, il est aussi scénariste et a contribué à Twin Peaks et aux 4 fantastiques. Si la première référence est flatteuse, la seconde l’est beaucoup moins. Toujours est-il que le livre plaît visiblement à Bill Paxton. Oui, le Bill Paxton de Twister, d’Aliens, Le retour et aussi du très bon Edge of Tomorrow. C’est que le monsieur a plusieurs cordes à son arc et réalise de temps en temps. Pas beaucoup il est vrai, puisqu’il n’a fait que trois films en 25 ans. Ce n’est pas un bourreau de travail, on dirait. Un parcours de légende, qui change donc de nom au passage alors que le titre original est le même que le livre, est justement son dernier film en date et Mark Frost est au scénario, car on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Pour la distribution, c’est le choc. Pas à l’époque, mais maintenant. En effet, le premier rôle de Francis Ouimet est confié à Shia LaBeouf. C’était en 2005 et Transformers sortait en 2007. L’acteur n’est donc pas très connu et son personnage de Sam Witwicky ne lui colle pas à la peau et encore moins son rôle de Tarzan du pauvre dans Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal. Pour ceux qui ne peuvent pas le voir, même en peinture, il va falloir faire un effort. Shia LaBeouf a un comportement étrange, mais il est un bon acteur et la saga Transformers lui a permis d’arriver là où il est maintenant. Voilà c’est dit, halte au LaBeouf bashing (pour faire plus télé en mettant des mots anglais un peu partout). Le reste des acteurs n’est pas composé de célébrités. Et c’est tant mieux d’ailleurs, ça facilite l’immersion dans ce genre de film. Donc, Josh Flitter est Eddie Lowery, Stephen Dillane est Harry Vardon, Stephen Marcus est Ted Ray, George Asprey est Wilfred Reid et Michael Weaver est John McDermott. Pas des têtes d’affiche on vous dit. Mais au fait, qui sont ces personnages ? Bonne question ! Et comme c’est moi qui écris, je peux tout de suite vous répondre pour mettre en place le décor du film.

Commençons par Francis Ouimet. Fils d’ouvrier, son rêve est le golf depuis qu’il a trouvé une balle quand il était caddie. Son héros est Harry Vardon, champion anglais. Au fil de ses victoires, il est repéré et participe alors au Championnat national amateur qui se déroule justement chez lui à Brookline (celui du Massachusetts, pas le Brooklyn de New York). C’est la désillusion pour le jeune Ouimet, il perd. Et non seulement il perd la partie, mais en plus il perd les cinquante dollars qui lui ont permis de s’inscrire. À l’époque, c’est un belle somme pour quelque chose qui ne rapporte rien, surtout vis-à-vis de son père qui travaille dur toute la journée. C’est aussi la première fois que Ouimet se rend vraiment compte du fossé séparant sa famille, qui sont des prolétaires, du monde de l’aristocratie gouvernant le golf. Une seconde chance lui vient tout de même quand on pense à lui pour l’US Open.

Bien, passons à Harry Vardon et Ted Ray. Tous deux sont de Jersey et en sont fiers. Harry Vardon est celui par lequel le film commence de façon tragique. En effet, quand il était enfant, sa ferme a été tout simplement démolie et sa famille a dû déménager pour que, sur le terrain, puisse être bâti un golf. Quelle ironie ! Ted Ray est plus bourru, mais il partage avec Harry Verdon son origine modeste et sont de grands amis. C’est d’ailleurs Harry Vardon qui va chercher Ted Ray pour l’accompagner à l’US Open.

Second duo avec John McDermott et Wilfred Reid. Tous deux sont membres de l’aristocratie. Le premier est américain et voit d’un mauvais œil l’arrivée d’Anglais dans ce tournoi purement Yankee et le second est un « pète plus haut que son cul ». Expression pas très jolie résumant pourtant bien le personnage.

Acteurs

Les personnages face à leurs acteurs. Dans l’ordre : Francis Ouimet/Shia LaBeouf, Eddie Lowery/Josh Flitter, Harry Vardon/Stephen Dillane, Ted Ray/Stephen Marcus. Ils ont moins les bons chapeaux.

Mais il nous reste un protagoniste. Parmi tous ces grands golfeurs n’ayant plus rien à prouver, Eddie Lowery tranche vraiment puisqu’il n’est pas sportif, mais se fait engager comme caddie par Ouimet. Quand je dis engager, ce n’est pas forcément exact, car le grand frère de Lowery n’a pas pu se dégager pour être présent et c’est Eddie qui est venu pour prendre sa place. Le problème est qu’Eddie n’est pas vieux, 10 ans, et a la taille qui va avec son âge. Ce qui pose quelques soucis pour porter un sac relativement grand et lourd. Il en faut plus pour saper l’enthousiasme d’Eddie et il le fait sans broncher, d’autant que c’est aussi un grand fan de golf. Si ce n’était pas une histoire vraie, on n’y croirait pas. Lors d’un tournoi majeur, l’un des participants a comme caddie un gosse de 10 ans ! Heureusement pour lui et pour Francis, il est bizarrement de très bon conseil, car le caddie n’est pas qu’un larbin comme on le pense souvent, il est un aussi un précieux conseiller pour les joueurs et ils forment vraiment un duo.

Voilà donc les personnages posés. Mais bon, ce n’est que du golf et ce n’est pas franchement le sport le plus passionnant du monde. Pourtant, Un parcours de légende réussit l’exploit de rendre ça non seulement digeste, mais aussi très prenant. Tous ces personnages ont existé, la lutte des classes entre Francis Ouimet, l’amateur, et le milieu aristocratique du golf a existé et ce qui n’était qu’un tournoi a viré en une lutte contre l’Amérique, personnifiée par Ouimet, et l’Angleterre, personnifiée par Vardon et Ray. Le film retranscrit bien cela et remet bien de temps en temps les pendules à l’heure sur l’idée qu’on se faisait, et qu’on se fait toujours d’ailleurs, sur le golf. À savoir que c’est un sport de riche. La première scène du film énonce bien cela par l’un des hommes qui ont spolié la famille Vardon : « Le golf est un sport que jouent les gentlemans. Ce n’est pas pour les paysans. » Et bim, dans tes dents Harry Vardon. Il ne retiendra pas la leçon et sera tout de même hanté toute sa vie par ces hommes en noir. Mais ce qui est bien montré dans le film c’est que cette lutte de classe est entretenue des deux côtés. Par les aristos lançant des petites piques, mais aussi par le père de Francis ne comprenant pas pourquoi son fils veut jouer avec des gens que ne l’accepteront jamais, le forçant même à abandonner son rêve. Car il est facile de faire dire des énormités par les élites, mais c’en est une autre de montrer que les pauvres, sachant où étaient leurs places, ne cherchaient pas forcément à changer leur condition.

Mais tout ça, c’est l’histoire, et la force d’Un parcours de légende réside énormément dans sa mise en scène. Les films sportifs peuvent se ranger dans deux catégories. Ceux qui parlent du sport et qui s’adressent aux initiés et ceux qui utilisent le sport pour faire un bon film. Dans la première catégorie, on a par exemple L’enfer du dimanche parlant du foot américain et qui devient donc restrictif, car sur le vieux continent, on n’y joue pas. On a aussi la trilogie Goal ! qui parle de foot, mais de façon trop poussée pour attirer un public différent des fans. Dans la seconde catégorie par contre, on a Le stratège parlant de baseball, qui, il est vrai, a le même problème chez nous que le foot américain, mais qui raconte autre chose et de façon plus mesurée. Le stratège est une réussite, car si le fond est bien le sport, il n’en reste pas moins accessible pour le public pas forcément intéressé à la base. Un parcours de légende raconte donc du golf, mais son traitement des parties est novateur. Car on a tous en tête des images de golf où, une fois tapée la balle, la caméra la suit, mais nous, on ne voit rien comme si le cadreur ne savait pas non plus où était la balle de 4,5 cm tirée à 300 km/h à plusieurs centaines de mètres. Pour le film et pour éviter ces plans un peu nuls, Bill Paxton a utilisé les effets visuels. Riche idée. Les ralentis, les fondus, la musique et le montage donnent des points de vue uniques qui amènent une sorte d’épique aux scènes. Épique ; le mot n’est pas assez fort. Sur le plan ci-dessous, la caméra suit au ralenti le vol d’une coccinelle se posant sur la balle, avant que Ted Ray ne la tape de toute sa force, le tout accompagné de sons recherchés. Bref, ils se sont défoncés pour donner de l’intérêt à un sport pas photogénique pour un sou. Et c’est l’une des grandes réussites du film : rendre un sport indigeste pour les néophytes vraiment prenant.

Un parcours de légende

Je viens de parler de la musique. Arrêtons-nous une minute sur celle-ci. Elle est composée par Brian Tyler. Il n’est pas très connu et pourtant il mérite mieux. Près de 80 bandes originales en moins de 20 ans et parmi lesquelles on trouve Les Enfants de Dune qui a été souillée par Pékin Express, Destination Finale ou encore Insaisissables. Pour Un parcours de légende, Brian Tyler compose un thème fort accompagnant le générique.

Dans celui-ci on retrouvera ce qui fera le sel de la BO. Des musiques aux sons doux : piano, harpe, flûte traversière… Bref, une musique qui colle avec l’époque du film. Par contre l’une des musiques les plus intéressantes, Angel, n’est pas de Brian Tyler.

Il s’agit d’un réarrangement d’une chanson de Joe Jackson fait par lui-même. Personnellement, je préfère largement cette version que l’originale. Donc, dommage que ce morceau ne soit pas de Brian Tyler. Nous avons donc le droit à une musique que certains qualifieront d’académique, ce qui semble être une insulte si l’on en écoute certains, mais vu le thème du film, il aurait été difficile de faire quelque chose d’expérimental à la Hans Zimmer.

Je n’ai volontairement pas parlé du tournoi même de cette année 1913. Ça aurait été dommage de le faire. Il faut juste savoir que cet événement, qui verra un amateur gagner un titre majeur, est encore dans les mémoires, et que Francis Ouimet est toujours considéré comme l’un des meilleurs joueurs de golf, ayant ouvert la voie à d’autres. Petite parenthèse : si le film est sorti en 2005, il faut savoir que Shia LaBeouf a renié quelques-uns de ses premiers films dont Constantine et I, robot. Dans ces deux films, il avait un petit rôle et regrette beaucoup de les avoir faits. Un parcours de légende n’est pas de cela et ça se comprend. Il tient là un beau rôle qui sera pourtant égratigné par les Transformers cité plus haut. En connaissant le bonhomme, qui n’a pas la langue dans sa poche, allant jusqu’à critiquer Steven Spielberg qui lui a pourtant mis le pied à l’étrier, on peut dire qu’il trouve lui aussi que le film mérite sa place dans sa filmographie. Je suis d’accord avec lui. Un parcours de légende n’a pas eu un grand succès, ne se remboursera pas et n’aura pas le droit à une sortie cinéma chez nous. De toute manière, avec ses acteurs vraiment bons dans leurs rôles et la façon de mettre en image cette partie de golf, Un parcours de légende mérite d’être plus connu.

Sur ce, bon visionnage.



 À propos du film :

Un parcours de légendeTitre original : The Greatest Game Ever Played
Réalisateur : Bill Paxton
Scénariste : Mark Frost
Année de production : 2005
Date de sortie française : 20 septembre 2006 en DVD
Nationalité : États-Unis, Canada
Musique : Brian Tyler
Acteurs : Shia LaBeouf, Stephen Dillane, Josh Flitter, Stephen Marcus, Michael Weaver, George Asprey, Marnie McPhail, Elias Koteas…
Durée : 2h00min

Un parcours de légende est trouvable vu que c’est distribué par Disney. Par contre il n’existe qu’en DVD et il n’existe pas de version pirate du film en HD… à moins d’aimer les versions canadiennes comme celle qui m’a permis de faire de jolies captures d’écran.