On reconnaît un genre du cinéma usé, aux films qui détournent ses codes. Chaque genre a ses clichés qui sont repris de film en film, et à partir d’un moment le public le remarque et les réalisateurs s’en amusent. En ce moment, ce sont les films de super-héros qui passent à la moulinette avec Super, Kick-Ass, Incassable et autres… Pour les slasher, film avec un tueur poursuivant un groupe sans réel but, ce point a été atteint il y a un bon moment. Scream, puis Scary Movie ont utilisé les ficelles pour les tordre à leur convenance et ainsi devenir plus originaux. Mais ce qui nous intéresse ici est plus récent et surtout, c’est un sous-genre du slasher : le hillbilly slasher.

On obtient alors un sous-sous-genre, le slasher étant un sous-genre parmi les films d’horreur et le hillbilly slasher, qui pourrait être traduit par péquenaud tailladant, est un sous-genre du slasher. On pourrait même continuer encore un peu puisque Tucker & Dale fightent le mal est un hillbilly slasher comedy. Il faut avouer qu’entre aller voir un film de péquenaud tailladant et un hillbilly slasher, il faut bien choisir avant de paraître crétin à la caisse. Pour nous, ce sera donc un hillbilly slasher. Voilà.

Revenons donc en arrière. 2012 voit l’arrivée de deux films d’horreur surfant sur cette thématique. La Cabane dans les Bois sortit le 2 mai 2012 et Tucker & Dale fightent le mal sortit plus tôt, le 1er février. Si le premier a remporté tous les suffrages, c’est grâce à sa distribution comportant Chris Hemsworth qui vient de jouer Thor dans Avengers (alors que le film est prêt depuis 2010, mais est pris dans un marasme sans nom), son affiche très originale et son scénariste en la personne de Joss Whedon, déjà auréolé du succès d’Avengers (encore) sorti un mois plus tôt. Mais c’est surtout son habile appropriation des codes expliquant à sa façon les clichés des slasher qui donnera sa réputation méritée au long métrage.

La Cabane dans les bois - Affiche

La vraiment très belle affiche de La Cabane dans les bois

Il n’empêche que le film de Drew Goddar a fait quelques erreurs notamment en prenant comme monstre principal des zombies. Quelle originalité ? Bravo, on n’en a pas assez, surtout en voyant les possibilités offertes par le film. C’est donc dommage pour La Cabane dans les Bois, d’autant que la fin est très bien. Il n’empêche que la promotion du film étant très importante, c’est le pauvre Tucker & Dale qui va méchamment en pâtir.

Tucker & Dale fightent le mal - Affiche

La bien, mais sans plus, affiche de Tucker & Dale fightent le mal

Sorti plus tôt, comme écrit plus haut, mais dans l’anonymat le plus complet, le film rapportera 14 fois moins que son concurrent et fera un score de 137 000 entrées en France. Sans être honteux, surtout mis en parallèle au budget et au sujet, ce n’est pas glorieux. Tellement pas glorieux que je pensais que Tucker & Dale était un DTV. Raté. Au moins c’est un projet original et ça, c’est déjà bien.

Mais alors, que contient ce fameux Tucker & Dale fightent le mal pour être comparé à La Cabane dans les Bois ? C’est simple, moins de sous, mais plus d’idées… en tout cas plus drôles. Le réalisateur Eli Craig, dont c’est le premier film, a voulu rendre les traditionnels bouseux américains gentils. Pas super intelligents non plus, mais ni consanguins, ni cannibales, ni meurtriers. Pour les jouer, ce sera Tyler Labine en Dale et Alan Tudyk et Tucker. Alors, le pauvre Tyler Labine roule sa bosse. Jamais de grand rôle, mais assez pour être reconnu. Par exemple c’est lui qui joue le docteur Franklin dans La Planète des singes : Les Origines. Pas de chance, c’est aussi le premier humain à être infecté dans le film. Tyler Labine est donc responsable de la quasi-extinction de l’humanité.

Tucker & Dale fightent le mal - Dale

Tyler Labine en Dale – Le gars à qui tu peux faire confiance

Par contre, Alan Tudyk est plus intéressant (sans être méchant). Lui aussi est quasiment inconnu et pourtant il a participé à la révolution de l’acteur virtuel. C’était en 2004 pour I, Robot, c’est lui qui jouait Sony. Et quel jeu ! Tout en finesse et en maîtrise. Du beau travail que voilà. Alan Tudyk est aussi acteur de doublage pour Disney comme dans La Reine des neiges et recevra un Annie Award pour son travail sur le King Candy des Mondes de Ralph. Bon, il a aussi joué le psychopathe Dutch dans Transformers 3 : la face cachée de la Lune, tout le monde peut faire des erreurs… À noter également que lui et Christian Bale ont le même sourire. Coïncidence ? Oui, sans aucun doute, d’autant qu’ils ont joué ensemble dans 3h10 pour Yuma dont je recommande la musique qui est une tuerie.

Tucker & Dale fightent le mal - Alan Tudyk et Christian Bale

Il y a une ressemblance quand même.

Le film s’appelle Tucker & Dale fightent le mal, mais je parle en premier de Dale. Étrange ? En fait non, car c’est le gros le héros de l’histoire comme nous allons le voir et non le maigre comme le plus souvent. Eli Craig a donné le bon rôle aux péquenauds et il s’est arrangé pour les rendre sympathiques dès le début. Tucker a acheté une vieille cabane dans les bois que lui et son ami Dale vont retaper. À la station essence, il rencontre des jeunes universitaires, et dès le début les a priori arrivent. De la part de Dale qui veut bien leur parler, mais qui n’ose pas, car visiblement pas du même monde, et des étudiants qui ont tout de suite peur des bouseux ignares. À la suite de curieux enchaînements, les deux groupes se retrouvant dans la même forêt arrivent à de drôle de conclusions concernant le groupe d’en face. En effet, lors d’une partie de pêche nocturne, Tucker et Dale se retrouvent non loin d’une étudiante en train de se déshabiller pour faire trempette. Elle tombe de son rocher et manque de se noyer. En voulant aller la sauver, les deux amis sont pris pour des cannibales par les étudiants assistant de loin à la scène. Décidant d’aller délivrer leur amie ils meurent bêtement les uns après les autres. Les étudiants pensent avoir affaire à des meurtriers et Tucker et Dale pensent qu’ils font un week-end suicide durant lequel les étudiants cherchent à tuer leurs copines.

Tucker & Dale fightent le mal - L'élément perturbateur

L’élément perturbateur. Je serais perturbé moi aussi.

Voilà, l’enjeu est posé et je vous déconseille au passage de regarder la bande-annonce. Le nombre de personnages n’étant pas très important, elle spoile la bonne moitié des morts. Dommage.

Mais alors, que faire avec ce postulat qui pourrait passer pour classique ? Déjà, faire des étudiants des gens normaux et non des caricatures, sauf exception pour la blonde en talon dans la forêt. Le seul gars dérangé de la bande prendra seul les mauvaises décisions pour tout le groupe, qui se trouve vouloir faire des choix assez logiques.

Tucker & Dale fightent le mal - Les étudiants

Les étudiants. À vous de deviner qui est plus cruche que les autres.

Ensuite, éviter les morts trop évidentes. Le noir par exemple ne meurt pas en premier, idée comique par excellence tant ce cliché avait la vie dure, mais ici aucune allusion n’y est faite et tout le monde est à pied d’égalité. Puis, comme le film se veut humoristique, faire du gore marrant avec du sang par hectolitre et des morts stupide. Ça, c’est du côté des étudiants.

Tucker & Dale fightent le mal - GoreDu côté des bouseux, Tucker pousse Dale à aller de l’avant avec les filles et à se valoriser malgré son embonpoint. Dale, quant à lui, a l’air franchement bête, mais ne l’est pas et sera le sauveur de la situation très compliquée. De plus, contrairement à une règle qui veut que ce soit le maigre qui arrive à avoir les filles, ici c’est l’inverse. Et ce, sans compétitions de la part des deux amis. Une relation normale de la vie normale face à des événements pas vraiment normaux.

Le seul gros bémol du film est la préparation pour le combat final. Ce n’est pas un problème spécifique à ce film, mais à beaucoup. Le ou les héros ont le droit à leurs scènes sur de la musique épique alors qu’ils enfilent leurs armures et affûtent leurs lames. Puis le combat arrive et ça va tabasser sévère les margoulettes, mais finalement plus rien. Ils abandonnent rapidement leurs armes pour finir le combat normalement. Tucker & Dale fightent le mal tombe dans cet écueil et gâche un peu le combat. Mais il n’y a que ça et les acteurs ne surjouent pas leurs rôles hormis la blonde et le méchant suivant fidèlement leurs stéréotypes. Ce n’était pas forcément gagné pour les deux acteurs principaux de rendre leurs personnes attachant, au vu des prestations des films de ce genre-ci particulier. Délivrance est passé par là ainsi que La colline a des yeux et Massacre à la tronçonneuse, alors forcément, le bouseux américain n’inspire plus trop confiance.

Eli Craig a fait de Tucker & Dale fightent le mal un film intelligent et sympathique en reversant les codes et en n’appuyant pas dessus pour montrer qu’il sait ce qu’il fait. Le public n’est pas bête et voit quand un réalisateur aime ce qu’il fait. Avec son premier film, il a réussi à faire un long métrage comique pouvant être revu plusieurs fois sans trop perdre son intérêt. Et, petit bonus sur le DVD, un montage parallèle est disponible pour présenter Tucker et Dale comme un hillbilly slasher traditionnel avec des rednecks ignares, sales et franchement malsains. Bonne idée.

Sur ce, bon visionnage.



À propos du film :

Tucker & Dale fightent le mal - AfficheTitre original : Tucker and Dale vs Evil
Réalisateur : Eli Craig
Scénariste : Eli Craig, Morgan Jurgenson
Année de production : 2010
Date de sortie française : 1 février 2012
Nationalité : États-Unis, Canada, Royaume-Uni, Inde
Musique : Mike Shields
Acteurs : Tyler Labine, Alan Tudyk, Katrina Bowden, Jesse Moss, Philip Granger, Brandon Jay McLaren, Christie Laing, Chelan Simmons, Travis Nelson, Alex Arsenault, Adam Beauchesne…
Durée : 1h18min

Tucker & Dale fightent le mal est très facilement trouvable en DVD et Blu-ray.