Robin WilliamsLe 11 août 2014, Robin Williams se suicide. Les médias reviennent alors sur sa carrière qui se résume à Good Morning, Vietnam, Le Cercle des poètes disparus, Madame Doubtfire et Will Hunting. Sur internet les gens rajoutent les films plus populaires ayant attrait à leur jeunesse comme Jumanji et Hook. Sans oublier bien sûr d’être un peu faux cul comme à chaque fois que quelqu’un meurt, en se remémorant avec bonheur sa prestation chez Disney avec la voix du Génie alors que tout le monde s’en fout puisque tous les gamins regardent les Disney en VF. Les puristes rajoutent deux films Insomnia et Photo Obsession pour ses rôles à contrario de sa carrière passée. Tous ces films datent d’au moins dix ans et aucun de ses longs métrages avec lui en tête d’affiche ne connaitra plus le succès.

Liste films de Robin WillamsEnfin en 2013 c’est le grand retour annoncé de Robin Williams par la télévision dans The Crazy Ones, qui sera finalement un échec et le projet d’une suite à Madame Doubtfire confirme que l’acteur n’était plus vraiment au sommet de sa carrière. Montrant d’ailleurs au passage le paradoxe d’être extrêmement populaire auprès du public, mais boudé par les réalisateurs qui parle de vous en bien une fois décédé sans vous avoir proposé de grand rôle auparavant. Mais parallèlement aux films et séries, Robin Williams était loin d’être inactif entre ses stand-up et son soutien aux militaires, ne pas être tout le temps au cinéma ne veut pas dire ne rien faire de sa vie. Tout ça pour dire que Robin Williams était un bon acteur, mais seuls huit films sont visiblement restés sur près de 80. C’est peu. Malgré ça plusieurs autres moins connus méritent largement d’y passer du temps et pour ce coup ce sera L’homme bicentenaire.Affiche - L'homme bicentenaire

Aah L’homme bicentenaire. Il est sorti en mars 2000 et est réalisé par Chris Columbus dont la carrière est composée de grandes comédies dont justement Madame Doubtfire. L’homme bicentenaire est la troisième collaboration entre les deux hommes et chacun espère que le film soit encore un succès. Mais le destin en décidera autrement. Le film lui n’est pas un projet original, mais une adaptation d’une nouvelle éponyme d’Isaac Asimov qui mérite de s’y arrêter deux minutes parce ne pas connaître le bonhomme ce n’est pas bien.

Isaac Asimov

Isaac Asimov tout sourire

Isaac Asimov est ce qu’on pourrait appeler un faux russe. En effet il a quitté sa Russie natale pour les États-Unis à l’âge de trois ans et n’y est jamais retourné, obtenant même la double nationalité. Malgré ça à chaque fois que quelqu’un parle de lui, il précise qu’il est russe un peu comme Giger est toujours accompagné de sa nationalité suisse. Asimov fait partie de ces auteurs qui ont fait de grandes sagas très réfléchies et avec des univers construits, crédibles tout au long de leurs carrières (John Norman/Chroniques de Gor, Frank Herbert/Cycle de Dune, Edgar Rice Burroughs/Cycle de Mars, J. R. R. Tolkien/Le Seigneur des anneaux, Stephen King/La Tour sombre, Philip Pullman/À la croisée des mondes). Pour Asimov ce sera le Cycle de Fondation, œuvre en 7 volumes qui recevra en 66, le prix Hugo de « la meilleure série de science-fiction de tous les temps ». Carrément.Cycle de FondationMais Asimov est surtout connu pour son travail sur les robots. Sa plus grande idée fut les trois de lois de la robotique inventant du même coup ce néologisme qui lui semblait parfaitement logique.

Première loi : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger. »

Deuxième loi : « Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première loi. »

Troisième loi : « Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la Première ou la Deuxième loi. »

Il existe aussi une loi zéro impliquant l’humanité dans les choix du robot, mais tout le monde s’en fiche de celle-là.

Fait amusant, la paternité de l’invention n’est pas clairement définie, car Isaac Asimov et son ami John Campbell se renvoient la balle sur qui a eu l’idée le premier. C’est rare que deux personnalités éminentes ne se tirent pas dans les pattes. Il semblerait que Campbell ait donné l’éclair à Asimov. Quoi qu’il en soit, c’est ce dernier qui exploitera le sujet et cherchera au travers de ses récits à mettre à l’épreuve les trois lois. Voilà pour Asimov.

L’homme bicentenaire - Couverture du livreLa nouvelle L’homme bicentenaire paraît en 1976 dans l’anthologie du même nom étant l’histoire préférée d’Asimov. Mais cette nouvelle a aussi une histoire particulière qui commence l’année précédente. Naomie Gordon, une Pennsylvanienne, pas l’époque géologique hein, mais l’état américain, contacte Asimov avec une idée pour une anthologie pour le bicentenaire des États-Unis. La seule contrainte est justement la base « l’homme bicentenaire ». Il accepte ainsi que neuf autres écrivains. L’histoire devait faire 7 500 mots, mais bien lancé Asimov en fit 15 000, Naomie accepte quand même le manuscrit, mais les problèmes commencent à s’accumuler pour elle. Familiaux et médicaux pour commencer puis des refus de certains écrivains contactés, des retards dans la livraison des nouvelles ou encore certaines qui ne sont finalement pas terribles.

Le projet échoua.

Judy-Lynn del Rey

Judy-Lynn del Rey

Dans cette affaire une autre femme surgit, c’est Judy-Lynn del Rey, éditrice dans la science-fiction à qui on ne le fait pas. Del Rey est au courant de la nouvelle écrite et s’offusque qu’Asimov ait accepté alors que quand c’est pour elle c’est niet. Dans la discussion où Asimov n’en mène pas large, elle demande ce qu’il advient de son idée sur un robot devant choisir entre acheter sa liberté ou s’améliorer. Gros blanc de la part d’Asimov, c’est la base de sa nouvelle. Il avait totalement oublié que ce n’était pas son idée. Del Rey a donc fait la première inception de l’Histoire sans avoir recours à Leonardo DiCaprio. La situation se débloque rapidement, Asimov rachète sa nouvelle et Del Rey la publie dans Stellar Science-Fiction et de son côté Asimov en fait l’anthologie qu’on connaît.

Les droits du livre sont achetés 10 ans plus tard par le producteur Neal Miller. Quelques années après, Wolfgang Petersen rencontre Neal Miller et décide de produire avec lui le film en pensant donc à Chris Columbus et Robin Williams. Le film rentre en pré-production et l’ampleur du film est au-delà de ce qui a été fait. 200 ans d’une vie de robot en quête d’humanité ne se filment pas comme un film classique. Plusieurs époques à mettre en image, un robot en premier rôle et des maquillages à foison font monter l’estimation du budget à 150 millions de dollars. Nous sommes en 1998 et l’année précédente il y a eu une augmentation démesurée des budgets et Disney ne veut pas avoir à gérer un film aussi cher. Qu’à cela ne tienne, des modifications dans le scénario et des sacrifices salariaux de Chris Columbus et de Robin Williams font que le film peut dorénavant se monter pour 90 millions de dollars.

Le récit s’ouvre sur une très classique séquence de construction comme celle de Lord of War ou Charlie et la chocolaterie, mais qui fonctionne toujours. Par contre la musique de l’intro ne vous est peut-être pas inconnue ?

Maintenant, écoutez ça…

Oui, la musique d’Un homme d’exception est en fait un réarrangement de celle composée deux ans plus tôt par James Horner. C’est que James Horner est comme tous les compositeurs d’Hollywood, il plagie ou fait une référence, ça dépend dans quel camp vous êtes, mais surtout il s’auto-plagie comme pour les extraits suivants.

 

Perso si j’étais le réalisateur, James Horner pourrait dégager vite fait ou sortir un truc vraiment original. Malgré ça il fait super bien son boulot et ses musiques tombent souvent dans le mille même s’il est très loin d’être mon compositeur préféré. Après ça on apprend que nous sommes dans un futur proche, tellement proche d’ailleurs que c’est maintenant le passé, puisque qu’il commence en 2005 avec l’acquisition d’un robot NDR-114 de chez NorthAm Robotics par Richard Martin, joué par le toujours impeccable Sam Neill qui s’appelle d’ailleurs en vrai Nigel John Dermot Neill, si c’est pas la classe. Le robot, lui, est appelé Andrew après qu’Amanda, la petite dernière, se soit trompée en disant androïde. La grande sœur s’en fiche en peu d’Andrew et lui demande plutôt de sauter par la fenêtre. Ah les enfants. Richard détecte après qu’Andrew n’est pas comme les autres robots, il dispose de sentiments et de créativité. Il est donc décidé de considérer Andrew comme une personne afin de développer ce trait inédit. Malgré l’amour de la famille, Andrew éprouve un manque qu’il cherche à combler en partant en quête d’un autre modèle qui peut-être a eu le même défaut de fabrication. Durant cette quête et bien après, il ne cessera de revenir vers la famille Martin qui subit le temps qui passe, au contraire de lui. Et face à son immortalité qui l’empêche d’avancer, il ne cessera de se modifier petit à petit avec l’aide de Rupert, roboticien et surtout ami, joué par Oliver Platt qu’on retrouvera en personnage de la Logique face à la Morale dans 2012, afin de devenir ce qu’il estime être son but, c’est-à-dire un humain dans toute sa fragilité face à la vieillesse et surtout la mort alors qu’il approche doucement des deux cents ans.

C’est comique, non ? Pour ce troisième film en commun Chris Columbus et Robin Williams changent clairement de registre, et s’essaient à quelque chose de plus profond et sérieux en évitant l’écueil habituel des films de ce genre consistant à mettre de la religion comme quoi seul Dieu peut donner la vie, etc., etc… Un débat stérile qui n’a jamais fait avancer le propos. Quoi qu’il en soit le public, peut-être déstabilisé après la comédie Madame Doubtfire, n’ira pas voir le film, l’humour n’étant pas très présent malgré quelques passages comme celui ou Andrew aimerait pouvoir faire l’amour pour connaître l’orgasme dont il parle avec force et poésie ce à quoi son ami Rupert répond que lui aussi aimerait connaître ça. Voilà c’est simple, pas très malin peut-être, et pourtant ça parle avec sérieux d’une des raisons qui fait de nous des humains. Ce n’est pas de la blague pour la blague sauf à certains moments et le film sera un échec et ne se remboursera pas. Pourtant L’homme bicentenaire offre beaucoup de choses notamment son robot.

Les films de robots peuvent généralement se ranger en deux catégories, ceux qui parlent de la menace de l’intelligence artificielle et du retournement des machines qu’on appelle le complexe de Frankenstein, et ceux qui se questionnent sur notre humanité au travers de robot qui en sont logiquement dépourvus.Tableau films robot

L’homme bicentenaire est bien entendu de la seconde catégorie et son robot devait refléter ça et c’est une réussite que l’on doit à Matt Singer d’XFX qui s’occupera des effets robotiques novateurs sur bien des points demandant huit mois de recherche juste pour la tête. Avant ce film, les robots joués par des acteurs avaient tous le même souci, au niveau des articulations et de l’abdomen, qui doivent être mobiles, le mécanisme était vaguement simulé par du caoutchouc. L’homme bicentenaire est le premier film à avoir un robot dont les articulations sont rigides et rien que ça, c’est une prouesse et jusqu’à maintenant aucun film ne l’a refait. Et juste ce petit truc rend crédible la présence du robot en supprimant l’impression d’un homme dans un costume. Ensuite tout l’intérieur ainsi que les organes ont des designs tranchant avec l’aspect sale des précédents films, marquant de ce fait que nous ne sommes pas en face d’un film pessimiste. À noter également que le film Clones en plus d’avoir la plus mauvaise traduction de titre de 2009 a repompé sans vergogne les idées de L’homme bicentenaire, bravo.

Comparatif Clones/L'homme bicentenaire

Clones à gauche, L’homme bicentenaire à droite

Par contre si le design du robot est une franche réussite, on a un rejet au moment où Andrew obtient son apparence humaine. Jusqu’alors on voyait un robot un peu rigide dans ses manières et ses expressions, puis quand Robin Williams peut enfin jouer sans contrainte au bout 1h15 de film, le personnage d’Andrew disparait un moment et laisse place justement à Robin Williams. Ce n’est plus le personnage qu’on a devant nous, mais l’acteur. Cette partie du film est d’ailleurs plus faiblarde, car elle ne suit plus la quête d’Andrew, mais son histoire d’amour avec la petite-fille d’Amanda, Portia, qui est plus un nom de voiture qu’autre chose, mais bon.

Une autre faiblesse du film ne l’est certainement que pour moi et concerne les maquillages. Greg Cannom a innové pour ce film en utilisant un matériau encre nouveau, le silicone. Les maquillages faciaux se faisaient traditionnellement en mousse de latex, facile d’emploi et très léger. Le silicone est lourd, pas encore bien maîtrise en cette fin de millénaire, mais a une transparence similaire à celle de la peau humaine rendant les prothèses beaucoup plus réalistes. Ce n’est donc pas sur ce point que le bât blesse puisque le travail effectué conduira Greg Cannom à obtenir sa septième nomination à l’Oscar depuis 92. Le problème est plus général et est d’ordre physique. Quand on vieillit, la peau s’affaisse et on est plus mince du visage. Les maquillages au contraire d’affiner le visage et de ce fait être réaliste anatomiquement rajoutent des couches et donne l’air un peu bouffi. Greg Cannom corrigera cet inconvénient en faisant appel à l’infographie et au maquillage numérique sur L’étrange histoire de Benjamin Button, lui rapportant l’Oscar par la même occasion. J’avoue que c’est du chipotage et si vous n’êtes pas très regardant ça passe sans souci.

Puis viennent les décors et les costumes. Deux cents ans d’histoire à raconter dans un film n’est pas évident et globalement c’est du très bon. Jamie Price, de Dream Quest Images qui n’existe plus, a eu l’idée logique que les villes n’évoluent pas très vite et que certains monuments historiques seront conservés dans le futur. Alors non, il ne pouvait prévoir le coup des tours jumelles toujours présentes, mais l’idée par exemple de rajouter un tablier au Golden Gate Bridge est bien trouvée. Par contre gros bémol pour les véhicules. On se retrouve avec les voitures en plastique de Demolition Man et pareil pour les vêtements parfois très laids. Personnellement je suis pour le classique tissu indémodable et contre l’utilisation de couleur criarde et du plastique qui font faux, car déjà pas pratique de nos jours.

L'homme bicentenaire - Voiture

Quel joli vérin pour se mettre de l’huile dans les cheveux et c’est tellement pratique à fermer

C’est mon avis et ça n’engage que moi. Tout ça est vite contrebalancé par l’aspect propre des futurs loin de Blade Runner par exemple et puis le travail était colossal, car là où les autres films ne présentent qu’un seul environnement, là, il a fallu refaire le processus à chaque fois.

Dommage également que tous les personnages ne soient pas exploités. La grande sœur par exemple ne sert à rien, on la voit de temps en temps pour montrer que chez les Martin il y a aussi des rebelles wesh yo, mais elle n’apporte rien à l’histoire. La mère a le même souci. Au début elle doute franchement qu’Andrew ait une personnalité et très vite elle rentre dans le moule. Bon ça fait deux personnages, mais quand même, c’est la famille Martin ! Heureusement les quatre personnalités du film, Richard en père et mentor, Amanda en fil conducteur remplacé par Portia qui est joué d’ailleurs par la même actrice Embeth Davidtz, jouant aussi la mère de Peter Parker dans les nouveaux Spider-man, et enfin Rupert qui donne de la fraîcheur et de l’espoir dans l’existence d’Andrew. À noter également la présence d’un méchant avec Dennis Mansky le patron de NorthAm Robotics, interprété par Stephen Root, qui aimerait beaucoup démonter Andrew. Mais ce méchant n’en est finalement pas un, l’avocat des Martin et finalement la mort de vieillesse évite cette facilité de nombre de films de vouloir placer un antagoniste.

Loin d’être parfait, avec quelques longueurs et une seconde partie moins intéressante que le début, L’homme bicentenaire doit beaucoup à la technique. Je sais que j’accorde beaucoup de place à la technique, mais j’estime que si elle est mauvaise dans un film de science-fiction l’histoire ne fonctionnera pas comme elle le devrait. Et au contraire si elle est au petits oignons, elle s’efface pour laisser place à l’histoire et cette dernière pousse le concept de la quête d’humanité au-delà des autres essais du genre. L’homme bicentenaire mérite d’être réhabilité en tant que film de SF de grande tenue et même si les dernières minutes sont plutôt faciles, il faut avouer qu’elles sont efficaces. De plus la prestation des comédiens apportant sérieux et humour sans cabotiner n’est pas en reste. Donc je conseille fortement L’homme bicentenaire, vous passerez un bon moment.

Sur ce bon visionnage.



À propos du film :

Affiche - L'homme bicentenaireTitre original : Bicentennial Man
Réalisateur : Chris Columbus
Scénariste : Nicholas Kazan
Année de production : 1999
Date de sortie française : 15 mars 2000
Nationalité : États-Unis, Allemagne
Musique : James Horner
Acteurs : Robin Williams, Embeth Davidtz, Sam Neill, Oliver Platt, Kiersten Warren, Wendy Crewson, Hallie Kate Eisenberg, Lindze Letherman, Angela Landis, John Michael Higgins, Bradley Whitford…
Durée : 2h14min

L’homme bicentenaire est trouvable, mais pas en magasin ou alors je n’ai pas eu de chance. Par contre, il n’existe en français qu’en DVD, pour trouver une version HD il faut passer par le téléchargement direct ou le torrent.